Critique artistique

     Exposition « Tête »


Pablo Picasso parlant du corps —le corps féminin en particulier— comme d’un drame qui se jouait, situait l’intérêt et l’enjeu de son travail non pas dans le résultat final mais dans le moment même de l’acte[1].
Ce jeu dramatique du corps agissant est très présent dans les dessins de la jeune artiste.

Emportée par le geste, mesurée par l’esprit qui longtemps l’a visualisée, la ligne décrit une profonde respiration. Adriana Torres Cortés entre de tout son corps dans ces corps qu’elle dessine et porte à bout de bras, à bout de sens, presque à bout de souffle...

La ligne, aux prises avec le temps et l’espace, prisonnière d’un silence hurlant, s’ouvre et se ferme en un combat entre la courbe douce et l’angle acéré, le trait noir et puissant ou juste esquissé et la touche de couleur tendre. La palette, réduite à l’idée essentielle, se décline le plus souvent en blanc et noir dans un camaïeu de gris colorés à peine rehaussés de bruns et de roses. De ce jeu coloré allié à l’errance de la ligne naît une fantaisie lyrique qui contrebalance la gravité apparente du propos métaphysique de l'oeuvre.

La ligne circonscrit une forme qui s’arrondit, enfle doucement autour de la figure ovale qui s’impose dans l'ouvre, lourde de symboles. Faut-il voir, dans la prégnance du motif de l’ovale, une référence analogique à la psyché, miroir ou symbole de l’âme en quête de son idéal? Faut-il penser à la psyché philosophique de l’ensemble des phénomènes psychiques formant l’unité personnelle? Le dessin —dessein?— laisse à penser à quelque épreuve initiatique ou purificatrice à laquelle se soumettrait l’artiste. A la fois une fin et un commencement.

Les portraits d’enfants ou de vieillards se déclinent tel un leitmotiv au sens premier du mot, dans sa signification dramatique et lancinante. De chaque pièce, sourd en mélange un ensemble de réminiscences empruntées à l’histoire de l’art en écho à l’histoire personnelle de l’artiste et dans lequel se fond le regardeur happé par son propre reflet.

Figure dans la figure, les visages énigmatiques tournent dans le tourbillon incessant de l’infini. Répétitions et redondances rebondissent d’espaces aériens en trouées opaques dans un silence étrangement bruissant que trouble parfois une écriture nerveuse. Hachures hérissées, ondulations saccadées, points et traits curvilignes, croix discrètes ou secrètes, coulures, biffures et griffures racontent une autre histoire où, à l’expression grave de la mémoire, se mêle une touche de poésie et d’ouverture sur cet «autre» entrevu, espéré par l’artiste.

Rennes, le 27 novembre 2004
Christe Jhelil-Ben Cheikh Plasticienne, Critique d'art


                                         Exposition «Je Tête»

 Noir. Jusqu’aux gris charbon déclinés entre ombre et  lumière. En filigrane, quelques touches de couleur. Juste instillée. Et le blanc, qui pose le trait, narratif, qui pose la vie et la mort,  symbolique.

Évanescence. De cette légèreté qui affleure à la surface. Sortie de l’ombre. Qui effleure le papier. Silence. Instant suspendu entre les fonds obscurs et cet ailleurs encore captif du regard.

Des fonds noirs surgissent les têtes du monde comme autant de naissances ou de fantômes. Ici, l’œuvre est dessous et dessus, intérieure et extérieure, secrète et feutrée autant que douloureuse dans son appel muet. Le gouffre respire et sculpte les creux et reliefs de nos surfaces parfois trop lisses. Palpitation. Une autre création du monde.

L’œil est inquisiteur qui sonde ses propres angoisses et pénètre tous les démons. L’œil de l’inconscient. L’œil de la conscience.

Traits d’union entre les mondes, les yeux attirent, captent, absorbent ou reflètent toutes les interrogations, toutes les attentes. Entre brillance et matité. Introspectifs. Fixes et ronds. Expectatifs. Question. Sans réponse.

Je. Tête. L’artiste. L’autre, le regardeur. L’un en face de l’autre...
L’un à côté de l’autre, dans la même coquille de l’œuf originel, cependant cloisonné. A gauche, l’ombre. A droite, la lumière arasée de magenta, frôlée de bleu, irisée de jaune.

Les têtes se font  motifs qui se répètent obsessionnellement dans un même geste en quête d’identité : être un  et tous à la fois.  Liées par le schéma sériel d’une mémoire universelle, les têtes se font miroirs l’une de l’autre. Question. Sans réponse. 

Cri silencieux, douloureux et figé de la bouche, à peine fermée, à peine ouverte sur cet entre-deux sans parole de la pensée mouvante.

 Entre vie et mort, les âges se rangent, s’alignent, se juxtaposent, décrivent le temps, écrivent leur temps, figure après figure et toutes ensembles. Et s’effacent… Le noir reprend ses droits à la toute puissance de l’inconnu qui le dispute à l’absurde.

Chaque trait de craie ou de crayon, vif et acéré, ou adouci, à peine esquissé, tout en chuchotement,  décrit autant que narre l’histoire de toutes les ressemblances cependant si dissemblables. Les tracés arrondis et la subtilité éphémère des poudres de craie croisent les griffures et autres piqûres comme autant d’aiguilles hérissées dans les ténèbres des fonds révélateurs.

Il en résulte une écriture très personnelle, pleine de toutes les tensions qui habitent l’artiste, fluide et aérienne, vive et hésitante, qui se noue, se dénoue et rompt à l’image du fil qui tisse la vie. Un fil aussi ténu que solide et dont on retrouve, dans les dessins, toutes les cassures et toutes les traces en pointillés, évocation toujours présente de la relation de l’artiste à la couture, à la sculpture  textile.

 Rennes, le 19 décembre 2007
Christe Jhelil-Ben Cheikh Plasticienne, Critique d’art



Exposición "Cabeza"




Pablo Picasso hablando del cuerpo_ el cuerpo femenino en particular — como de un drama que se jugaba, situaba el interés y la postura de su trabajo no en el resultado final pero en el momento mismo del acto [1].
Ese juego dramático del cuerpo activo es muy presente en los dibujos de la joven artista.

Arrebatada por el gesto, medida por el espíritu que la ha visualizado durante largo tiempo, la linea describe una profunda respiración. Adriana Torres Cortés entra con todo su cuerpo dentro de esos cuerpos que ella dibuja y sostiene con todo su peso, con todo sus sentidos, con su ultimo aliento...

La linea, sujeta al tiempo y el espacio, prisionera de un silencio aullador, se abre y se cierra en un combate entre la curva suave y el angulo cortante, el trazo negro y potente o solo esbozado y la pincelada de color tierno. La paleta, reducida a la idea esencial, se declina comúnmente en blanco y negro en un degradado de gris coloreado a penas realzado de pardos y de rosa. De ese juego colorido aliado a el vagabundeo de la linea nace una fantasía lírica que contrabalanza la gravedad aparente del propósito metafísico de la obra.

La linea circunscribe una forma que se redondea, se hincha alrededor de la figura ovalada que se impone dentro de la obra, pesada de símbolos. Habría que ver dentro de lo predominante del motivo del ovalo, una referencia analógica a la psique, espejo o símbolo del alma en búsqueda de su ideal? Habría que pensar en la psique filosófica del conjunto de los fenómenos psíquicos que forman la unidad personal? El dibujo —intención?—deja pensar en cierta prueba iniciática  o purificadora a la cual se somete la artista. A la vez un fin y un comienzo.

Los retratos de niños o ancianos se declinan tal cual un leit-motiv en el primer sentido del termino , dentro de su significación dramática et obsesiva. De cada pedazo, sordo mezclamos un conjunto de reminiscencias prestadas a la historia del arte en eco a la historia personal de la artista y dentro del cual se funde el observador absorbido por su propio reflejo.

Figura dentro de la figura, los rostros enigmáticos giran dentro del torbellino incesante del infinito. Repeticiones y redundancias resuenan espacios aéreos en cavidades opacas dentro de un silencio extrañamente ruidoso que perturba en ocasiones una escritura nerviosa.
Rayados nerviosos, ondulaciones entrecortadas, puntos y trazos curvilíneos, cruces discretas o secretas, chorreados, arañazos y laceraciones, cuentan una historia donde, a la expresión grave de la memoria, se mezcla un toque de poesía y de apertura sobre ese « otro » divisado , esperado por la artista.


Rennes, le 27 novembre 2004
Christe Jhelil-Ben Cheikh Artista Plastica , Critica de arte



Exposición "Yo cabeza"


Negro. Hasta el gris carbón declinados entre sombra y luz. En filigrana, algunos toques de color. Solo depurada. Y el blanco, que pone el trazo narrativo, que pone la vida y la muerte, simbólica.
Fugitivo. De esta ligereza que aflora en la superficie. Salida de la sombra. Que roza el papel. Silencio. Instante suspendido entre los fondos oscuros y este afuera aun cautivo de la mirada.
De los fondo negros surgen las cabezas del mundo como tantos nacimientos o fantasmas. Aquí, la obra esta encima y debajo, al interior y al exterior, secreta y amortiguada tan dolorosa dentro de su llamado mudo. El abismo respira y esculpe los vacíos y relieves de nuestras superficies en ocasiones demasiado lisas. Palpitación. Otra creación del mundo.

El ojo inquisidor que sondea sus propias angustias y penetra todos los demonios. El ojo del inconsciente. El ojo de la consciencia.

Trazos de unión que unifican los mundos, los ojos atraen, captan, absorben o reflejan todas las interrogaciones, todas las esperanzas. Entre brillo y opacidad. Introspectivos. Fijos y redondos. A la expectativa. Pregunta. Sin respuesta.

Yo. Cabeza. El artista. El otro, el observador. Uno al frente del otro.... El uno al lado del otro, en la misma cascara del huevo original, sin embargo enclaustrada. A la izquierda, la sombra. A la derecha, la luz arrasada de magenta, rozada de azul, irisada de amarillo.
Las cabezas se convierten en motivos que se repiten hasta la obsesión dentro de un mismo gesto en búsqueda de identidad: ser uno y todos a la vez. Ligadas por el esquema serial de una memoria universal, las cabezas se reflejan entre si como espejos. Pregunta. Sin respuesta.
Grito silencioso, doloroso y fijo de la boca, a penas cerrada, a penas abierta en una ambigüedad sin palabras del pensamiento movedizo.

Entre vida y muerte, las edades se organizan, se alinean, se yuxtaponen, describiendo el tiempo, escribiendo su tiempo, una detrás de la otras y todas juntas. Y se borran...... El negro toma de nuevo sus derechos hasta lo mas elevado de lo desconocido que lo discute hasta el absurdo.

Cada trazo de tiza o de lápiz, vivo y cortante, o liviano, a penas esbozado, en todo un cuchicheo, describe así mismo que narra la historia de todas las semejanzas así mismo diferencias. Los trazos redondeados y la sutileza efímera del polvo de la tiza cruzan los arañazos y otras picaduras como tantas agujas erguidas en las tinieblas de una oscuridad reveladora.

Así resulta una escritura muy personal, llena de todas las tensiones que habitan a la artista, fluida y aérea, viva y vacilante, que se entrelaza, y se deshace y rompe hasta la imagen del hilo que tiza la vida. Un hilo tan fino como solido y el cual encontramos, dentro de los dibujos, todas las grietas y todas las huellas punteadas, evocación siempre presente de la relación de la artista con la costura, con la escultura textil.